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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 06:29

« Si vous allez à Alger, retenez ce nom : Boucebci ! C’est le nom d’un grand psychiatre avec lequel j’ai travaillé ; il a été assassiné en 1996 ; essayez de rencontrer son épouse, j’aimerais la connaître ». Voilà le conseil que nous a donné avant notre départ en 2011 le Professeur André Badiche, psychiatre de Rennes.

Boucebci

Nous avons cherché sur Alger et constaté que, de fait, le professeur Boucebci était bien connu ici et que chacun saluait sa mémoire… De questions en réponses, d’indices en renseignements précis, nous avons réussi à retrouver Annette son épouse. Cette année nous avons eu la joie d’être reçus plusieurs fois chez elle et, en mai, nous avons visité la Fondation Mahfoud Boucebci qui prolonge l’action de son mari.

Le 15 juin, un colloque était organisé pour marquer le 20ème anniversaire de l’assassinat du professeur Boucebci. A cette occasion un hommage lui a été rendu ainsi qu’à son disciple le docteur Abdelkader Ouaâr, premier vice-président de la Fondation depuis son origine, mais décédé accidentellement il y a quelques mois.

Boucebci

Mahfoud Boucebci,

Mahfoud Boucebci, né en 1937 à Miliana, d'une famille originaire de Kabylie, était un psychiatre et universitaire algérien. Il est l'un des pères de la psychiatrie algérienne

« Le professeur Mahfoud Boucebci, psychiatre de renommée internationale, était à la fois chercheur et clinicien, universitaire en prise avec la réalité. Son action et ses engagements majeurs se dévoilaient dans le champ social.

Diplômé en neuropsychiatrie de la faculté de Marseille, il poursuit sa formation en neurologie et encéphalographie à Paris. Il exerce ensuite à l’hôpital Mustapha d’Alger où il crée un laboratoire d’EEG. En 1972, il est reçu brillamment à l’agrégation de psychiatrie et nommé médecin-chef de la clinique universitaire Les Oliviers, Bir Mourad Raïs, à Alger. En 1985, le professeur Boucebci prend ses fonctions de médecin-chef de l’hôpital Drid Hocine, à Kouba.

Lauréat à deux reprises du Prix maghrébin de médecine, il était également président de la Société algérienne de psychiatrie. Il fut membre fondateur des Rencontres franco-maghrébines de psychiatrie, vice-président de l’Association internationale de psychiatrie de l’enfant & de l’adolescent et membre de nombreux comités scientifiques.

Sa bibliographie comprend plus de 190 titres qui témoignent de la diversité de ses centres d’intérêt. »

«Être psychiatre, c’est emprunter une longue route, pas toujours facile, mais mon souhait c’est qu’au terme d’une longue, riche carrière réussie, vous puissiez vous dire : ‘’j’ai chaque jour essayé de soigner la souffrance sans jamais en tirer un profit, j’ai chaque jour respecté l’homme dans son essence libertaire‘’ »
Pr Mahfoud Boucebci, le 2 décembre 1990

« […] Membre fondateur, en 1985, de la première Ligue des droits de l’homme dans son pays, il militait pour une démocratie laïque. Il avait pris position pour le droit des femmes, des adolescents, et des exclus de la société algérienne. ….. Boucebci, âgé de 56 ans, fut assassiné le 15 juin 1993 devant l’hôpital Drid-Hocine de Kouba (banlieue d’Alger) qu’il dirigeait, laissant une épouse et des enfants (….)

Ayant formé plusieurs générations de psychiatres algériens, il participa par ailleurs très activement à la formation des autres médecins, des psychologues, du personnel paramédical et des éducateurs que réclamait son pays. Le Professeur Mahfoud Boucebci contribua de façon discrète mais efficace à la création et à l'essor de mouvements associatifs dynamiques : Parents d'Enfants Handicapés, Familles Adoptives, Planning Familial. Il s'est toujours attaché au respect de la Vie, des Droits de l'homme, de l'Enfant et de la Femme.

Son travail clinique personnel et ses recherches l'avait convaincu de la nécessité de sensibiliser ses concitoyens au sort des exclus : enfants abandonnés, mères célibataires, toxicomanes, jeunes "à la dérive".

Il témoignait pour eux, estimant que ce n'est qu'en se confrontant à ses tabous et à ses manques, qu'une société peut s'adapter, survivre et progresser ».

Salima Tlemçani, dans El Watan du jeudi13 juin, conclut son article en disant : « Vingt ans après sa disparition, même s’il manque terriblement à la famille des psychiatres, le professeur reste néanmoins toujours vivant dans les esprits. Il est le symbole du sacrifice pour une Algérie debout »

Pour nous qui sommes à Tibhirine, nous considérons que le Professeur Mahfoud Boucebci fait partie des personnes qui ont fait le don de leur vie aux Algériens.

Boucebci

La Fondation

Un an après la mort de Mahfoud Boucebci, la Fondation est née pour prolonger sa démarche pluridisciplinaire et impulser un nouvel élan en témoignant de ses engagements et en agissant directement tant dans le domaine scientifique que culturel.

Créée pour assister les personnes ayant vécu un événement grave durant la décennie noire, la Fondation s’est adaptée aux besoins de la société. C’est un centre de prise en charge des enfants victimes de violences et de leurs familles ; Centre de documentation et de formation en santé mentale ; c’est un espace d’ergothérapie. Chaque année un colloque est organisé sur un thème de société..

Salle de jeux, lectures, contes, ergothérpie et bureau de consultations.Salle de jeux, lectures, contes, ergothérpie et bureau de consultations.Salle de jeux, lectures, contes, ergothérpie et bureau de consultations.

Salle de jeux, lectures, contes, ergothérpie et bureau de consultations.

Boucebci

Avec notre fils Jean-Baptiste, infirmier psychiatrique à Rennes, nous avons eu la chance de visiter la Fondation installée dans une cité populaire de la périphérie algéroise : la Cité des Bananiers. Nous avons rencontré quelques-unes des personnes qui y travaillent, découvert les locaux et l’équipement utilisés pour les consultations et les ateliers thérapeutiques, admiré la bibliothèque spécialisée accessible aux professionnels du secteur. Parmi ces ouvrages figure un manuel conçu par l’équipe de la Fondation et utilisé en 2012 /2013 dans plusieurs sessions de formation pour sensibiliser les enseignants à la lutte contre la violence à l’école.

Le colloque

Cette année, sous l’intitulé « Trans-maître », la Fondation a choisi de poser la question de la transmission. Que transmettons-nous et comment ?

Voici les titres des interventions très intéressantes que nous avons pu suivre dans la journée :

Transmettre le savoir : un devoir et une exigence éthique par le Dr Mahmoud Boudarene

L’œuvre de Boucebci dans l’épistémologie psychologique par Mme Dalila Samaï-Haddadi

Les grands hommes ne meurent jamais : la transmission de leur savoir continue d’éclairer les esprits par Mme Razika Zobiri

Transmission, mémoire, identité par Mme Djoher Amhis-Ouksel.

Je retiens quelques phrases :

« La clinique des Oliviers était le lieu du savoir ; le professeur Boucebci nous donnait son temps sans compter, avait de l’affection pour ses élèves et nous éveillait à l’amour du savoir…
Il n’était pas un gourou, il croisait différentes sommités de psychiatrie ; il voulait que nous restions ouverts à d’autres idées ; il voulait que nous partagions à d’autres ce que nous savions »

« Pour lui, un sujet n’était jamais clos il disait : c’est à étudier… »

« Le courage de Boucebci est qu’il a brisé tous les tabous. »

« Boucebci a été jusqu’au don de soi »

« On a voulu nous imposer un projet culturel réducteur, il s’y est opposé, il l’a payé de sa vie »

« Le savoir ne vaut que s’il est partagé
Le savoir est connaissance utile que s’il est transmis »

« Le passé ne doit pas être évoqué pour s’y figer mais doit aider pour continuer »

« Celui qui connait son passé a les clés de son avenir »

« Nous sommes les héritiers de ceux qui sont morts
Nous sommes les associés de ceux qui sont vivants
Nous sommes la providence de ceux qui naitront. »

« J’ai beaucoup appris de mes maitres
J’ai beaucoup appris de mes compagnons
Ce sont les étudiants qui m’ont le plus appris. »

BoucebciBoucebciBoucebci
BoucebciBoucebci
Boucebci

Le professeur André Badiche avait envoyé un hommage à la mémoire du professeur Boucebci avec lequel il avait travaillé et, pour le Dr Abdelkader Ouaâr, un hommage très familial et touchant a été lu par sa fille. Le prix de la Fondation a été remis cette année à la famille du Dr Ouaâr.

Un artiste, Monsieur Azwaw Mammeri, accompagne la fondation depuis de nombreuses années. Il est notamment l’auteur des œuvres qui décoraient la salle du colloque. Le symbole de la continuité du temps et des trois mondes : des vivants, des morts, des esprits, nous évoquait bien le triskell breton.

Pour les aider

Pour mener à bien ses projets la Fondation a besoin de notre soutien.

Il est possible d’adhérer à la Fondation Boucebci.

Contact sur place :

Cité des Bananiers Ilot 9 Mohammadia 16130 ALGER

Tel (213)21 89 66 82

fmboucebci@yahoo.fr

Travaux d'enfants.-- Avec Annette Boucebci dans le bureau de la FondationTravaux d'enfants.-- Avec Annette Boucebci dans le bureau de la Fondation

Travaux d'enfants.-- Avec Annette Boucebci dans le bureau de la Fondation

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commentaires

julie 15/02/2017 09:03

Bonjour à tous !
Venez assister à la conférence "La coopération franco maghrébine, les enjeux" ce samedi 18 février 2017 à LA HALLE TONY GARNIER (LYON).
Venez nombreux ! D'autres conférences seront en place !

Voici le site pour plus d'information =)
http://conference-internationale-afrique.fr/

MESSAOUD Omar 27/11/2013 22:01

Actuellement je suis Psychiatre à Alençon dans l'Orne (61) et j'ai eu le privilège d'avoir connu le professeur BOUCEBCI alors que j'étais jeune interne dans le milieu des années 80au CHU d'Oran. Le prof B venait souvent nous voir à Oran pour nous stimuler et nous encourager à organiser des colloques et des congrès. Et quelques fois il venait nous rendre visite avec un prof de psychiatrie de France qui nous faisait une conférence. Le partage était effectivement le maître mot chez lui

jacquesson 24/06/2013 19:47

belles rencontres et decouvertes d'une autre forme de don étonnante et admirable....

Naime de Lille 20/06/2013 09:46

Merci pour cet article, je decouvre cette grande personne ! Allah Yarhmou (que Dieu le garde et lui accorde sa miséricorde) ...

Michel B 20/06/2013 09:17

Bel acte de mémoire ! combien sont encore à écrire pour célébrer tous ceux ....artistes, imams, citoyens connus ou anonymes, ont résisté pendant la décennie noire ! Nos frères moines et les 12 religieux et religieuses martyrs leurs sont indéfectiblement associés.

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